loader image

Le logement, cette « mini-société » à transformer

By 25 mai 2020Non classé

Croquis de Lucien Kroll, figure phare de l’architecture participative et « habitée »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En cette période bien particulière, viennent cohabiter dans nos esprits deux horizons temporels différents. D’une part, la réflexion court terme sur ce à quoi ressemblera notre quotidien dans quelques semaines, quelques mois ; d’autre part, celle sur ce « monde d’après », « ce jour d’après », ce « demain » plein d’incertitudes, de questionnements et d’espoirs.

Cet article s’adresse à cette deuxième partie de nos cerveaux, celle qui cherche à se projeter et imaginer le futur, et plus particulièrement celui de l’habitat de demain. Cette crise repose des questions liées à la qualité et la forme du logement, au voisinage… Elle nous rappelle que nous sommes plus ou moins résilients selon les lieux dans lesquels nous habitons.
Si les logements redessinent déjà nos façons d’habiter, ils se devront d’accompagner les mutations de nos modes de vie en prenant en compte de façon systématique et transversale les défis environnementaux.

PENSER COLLECTIF ET COLLABORATIF

Répondre aux enjeux d’accroissement et de vieillissement de la population à travers des modes d’habiter plus collectifs semble une piste sérieuse à explorer pour le logement de demain. On estime qu’en France, en 2050, un habitant sur trois aura 60 ans ou plus : un constat qui place les questions de vivre-ensemble et de solidarité au cœur des pratiques.
Habitat participatif, colocations solidaires, résidence de jeunes travailleurs, habitat intergénérationnel… Qu’ils soient urbains ou ruraux, ces projets – déjà expérimentés aujourd’hui – confirment l’aspiration à quelque chose de plus grand que les quatre murs d’un appartement ou d’une maison.

Les avantages du collectif dans l’habitat sont nombreux :

  • Source de solidarité et de lien social, comme le projet du collectif Caracol, qui développe des colocations mixtes et solidaires entre personnes réfugiées et françaises ;
  • Source d’entre-aide et de partage, par la mutualisation des équipements, privilégiant ainsi l’usage plutôt que la propriété ;
  • Source de consommation responsable, par la mise en place de réseaux d’échanges (stickers sur la boite aux lettres pour signifier l’objet à mettre en prêt, application numérique de partage, boîte à dons…) ;
  • Source d’économies financières par la mise en commun d’espaces ou la mise en place de chambres d’amis co-gérées ;

Ces façons d’habiter peuvent aussi être un moyen de mêler le partage d’un habitat avec d’autres activités réalisées collectivement (maraîchage dans un jardin partagé, chantiers participatifs, etc.), répondant à une volonté de plus d’autonomie et de résilience au sein des communautés habitantes.

Pour assurer cet aspect participatif au sein des programmes d’habitat collectif en milieu urbain et fédérer une communauté d’habitants-usagers, il est nécessaire de concevoir des espaces communs qui lui soient dédiés et de penser la présence d’un tiers-animateur. Les locaux consacrés aux habitants sont ainsi de plus en plus nombreux dans les programmes immobiliers neufs, et les acteurs de l’Assistance à Maîtrise d’Usage contribuent activement à créer et programmer ces espaces en collaboration avec ceux qui les feront vivre sur le long terme. SCOPIC, comme d’autres acteurs, a développé une méthode adaptée à chaque contexte, pour accompagner de concert les habitants et les acteurs du projet urbain, de la phase de conception jusqu’à l’après-livraison. Penser le logement de demain avec les futurs usagers commence dès aujourd’hui, en les mobilisant tout au long de la démarche, pour co-créer leur futur lieu de vie et imaginer ses usages.

PENSER MODULABLE

Nous l’avons vécu durant ces deux derniers mois : en un rien de temps, le logement est devenu une « mini-société » selon les mots de l’architecte Sophie Delhay. Sport, culture, éducation, travail : comment faire coexister tous ces usages au sein d’un même espace ?

Les trajectoires familiales et professionnelles changent elles aussi. Une mobilité accrue des individus, de plus en plus de familles recomposées et/ou monoparentales : ces évolutions nous invitent à concevoir le logement de façon plus flexible, modulable, pensé pour des foyers « à géométrie variable ». Cloisons amovibles, maisons réhaussables ou plus facilement divisibles, réaménagement de combles en studios indépendants : l’objectif commun reste celui de s’adapter aux besoins des usagers. Parmi ses scénarios pour « Nos logements en 2050 », l’ADEME imagine par exemple une maison familiale rénovée, augmentée d’une annexe louée à des étudiants pour fournir des revenus complémentaires au ménage.

Toutes ces solutions impliquent au préalable de comprendre les besoins des habitants : quels usages feront-ils de leur logement ? Qu’en attendent-ils ? Que moduler ? Que faire évoluer ? Là encore, les acteurs de la maîtrise d’usage s’attachent à récolter les besoins et attentes de chacun.e par des temps de travail collaboratifs, des enquêtes, du partage d’expériences… tous les moyens sont bons à imaginer.

Illustration de SCOPIC réalisée pour Habitat 44

Repenser des logements plus flexibles, certes, mais les procédures pour y accéder doivent aussi suivre le mouvement. De nouvelles procédures plus souples émergent en ce sens, telles que la flexipropriété, développée par la foncière La Française, proposant à des particuliers de devenir propriétaires de leur logement à prix réduit et sur une durée limitée, ou encore le Bail Réel Solidaire (BRS). Créé en 2017, ce dispositif qui dissocie le foncier du bâti, permet à des ménages modestes de devenir propriétaires dans des zones tendues. Sur ce sujet, SCOPIC accompagne Habitat 44 dans sa communication autour du programme « Loire en Scène » sur l’île de Nantes, qui commercialise treize logements en BRS : une première en Loire Atlantique !

PENSER POUR DURER

La façon dont nous construirons nos habitats sera déterminante dans la lutte contre le changement climatique. Pour ce faire, les innovations techniques et de matériaux respectueux de l’environnement se multiplient : l’architecture bioclimatique, l’utilisation de matériaux naturels (notamment en matière d’isolation), ou encore les kits de fabrication permettant de réduire les durées et coûts des chantiers, sont des solutions à explorer pour demain.

Ces avancées techniques ne peuvent néanmoins se suffire à elles-mêmes, et être déconnectées de ceux qui les utiliseront au quotidien. Elles nécessitent d’aller de pair avec un changement de nos pratiques en tant qu’habitants, pour rendre compatibles les innovations du bâti avec des modes de vie plus écologiques. L’étude de l’Observatoire de l’Habitat montre d’ailleurs que 85% des Français se disent prêts à choisir des matériaux et du mobilier naturels, durables, recyclables, preuve que l’évolution des mentalités est enclenchée. Pour accompagner ce changement, l’Assistance à Maîtrise d’Usage réfléchit sur l’impact des usages sur les ambitions écologiques d’un programme, et travaille à accompagner de nouvelles pratiques auprès des usagers, sur des thématiques variées : biodiversité, énergie, mobilités, déchets…

L’avenir des logements se trouve aussi dans la recherche d’une plus grande proximité des services, plaçant le lieu de vie comme centre névralgique autour duquel nous pourrions rayonner à courte distance. « Les villes du futur seront formées de quartiers compacts, […] ce qui encouragera les relations sociales et la créativité », estime Kent Larson, chercheur au MIT Media Lab. Là encore, la vie de quartier jouera un rôle clé dans la création d’une ville du « proche » et dans la capacité à faire collectif. Et c’est ce que SCOPIC en tant qu’Assistance à Maîtrise d’Usage cherche à développer dès aujourd’hui sur les programmes immobiliers qu’elle accompagne.

Selon le philosophe Thierry Paquot, « habiter n’est pas simple. Il n’existe pas de recette pour « bien » habiter. […] Habiter ne se décrète pas, ne s’apprend pas. C’est l’apprentissage qui donne à habiter un peu de sens ». C’est donc en apprenant des évolutions de nos modes de vie, de nos territoires, et de ceux qui les vivent, que nous donnerons du sens à l’habitat de demain.

Sources :

• ADEME, « Nos logements en 2050 : quelles évolutions pour notre habitat ? », septembre 2016, disponible ici : https://www.ademe.fr/logements-2050-evolutions-habitat
• L’Observatoire de l’Habitat, présentation à la presse d’une étude réalisée avec le soutien de CDC Habitat, Nexity, La Caisse des dépôts et SOMFY, le 21 mars 2019, disponible ici : https://www.cdc-habitat.com/fileadmin/medias/Groupe/doc/Presentation-a-la-presse-I-Observatoire-de-lHabitat-LObSoCo-CDC-Habitat-Nexity-Somfy.pdf
• Billard, Sébastien. « A quoi ressemblera l’habitat en 2049 ? », L’Obs, 20 septembre 2019
• Noucher, Sophie. « A quoi ressemblera l’habitat de demain ? », L’Obs, 27 septembre 2019
• Site web de Caracol : http://caracol.house/
• BM2050, « Logement et urbanisme, FPI », disponible ici : https://www.bm2050.fr/2050-quelles-innovations-urbaines-pour-demain/
• Institut Palladio des Hautes Etudes sur l’immobilier et la cité, « Cycle 2018 : habiter la ville de demain », disponible ici : http://www.fondationpalladio.fr/download/INSTITUT_PALLADIO_ACTES_CYCLE_2018.pdf